Elle vissa machinalement le verre dans le sens contraire des aiguilles d'une montre. La lecture du menu concentrait toute son attention.
Il remarqua un léger décalage dans le positionnement des couverts. Il avait soif finalement.
807 secondes s'écoulèrent.
Les 807
Déclinaisons d'un aphorisme d'Éric Chevillard. "804… 805… 806… j’avais très rigoureusement repris le compte des herbes de mon jardin en pliant celles-ci au fur et à mesure, cette fois, afin de ne pas me tromper, mais à la 807ème ortie, ma main enflée, engourdie de douleur, n’est seulement plus capable de bouger les doigts, j’abandonne."
lundi 20 mai 2013
vendredi 17 mai 2013
Bord cadre.
Lors de mes trajets en ville, je croise tellement de choses cocasses que j'oublie trop vite. J'aurais voulu noter une silhouette fleurie, mémoriser une traversée hors des clous, enregistrer des ombres fugaces, des herbes entre les pavés ou tant d'images encore qui effleurent ma rétine sans y rester. Je ne peux plus laisser passer toutes ces étincelles de vie. Il faut que ça change, et vite. Il faut que je les attrape, et pour de bon. Que je les chope, que je les vise, que je les cadre, que je les fige. Que je zoome, que j'élargisse les angles, que je dézoome. En un clic, ça serait l'idéal. Il faut que j'apprenne à faire enfin de bonnes photos. Je vais m’y mettre tout de suite pour être meilleure demain.
J'aimerais tellement savoir faire de belles photos.
jeudi 16 mai 2013
Promenade à dos d’homme le long des quais de Seine / performance.
80 photographies géantes en noir et blanc représentant diverses parties du corps ont été dressées tous les vingt mètres le long du parcours. D’abord la série des gueules cassées, fronts ouverts, bouches tordues, ensuite la série des dos rompus, bras tranchés, jambes brisées, enfin celle des mains actionnant des roues de bicyclette, doigts en gros plan accrochés aux rayons d’argent comme des doigts de harpiste. La petite infirme n’est pas lourde, ses chevilles sont nouées autour du cou du jeune homme, ses mains plaquées à son front, son ventre collé à sa nuque. De temps en temps elle écarte les bras et bat des ailes. De temps en temps elle tend le poing. De temps en temps il ralentit sa course, pour souffler, pour marcher. Démarche sautillante, toujours très précise, comme s’il suivait une ligne invisible qu’il ne viendrait à l’idée de personne d’interrompre en traversant. Au contraire, on s’arrête pour les regarder passer. On songe à ce guerrier grec parcourant cinquante-deux fois 807 mètres (et des poussières) afin d’annoncer au peuple d’Athènes la victoire de Miltiade. On songe au plus jeune des trois Horace, à l’élégance de sa foulée, à l’intelligence de sa démarche. On songe à Saint Christophe portant le Christ, on songe au passage du Graal.
Devant eux les 80 photographies géantes défilent comme autant de détonations silencieuses. Le vrai tonnerre est pour bientôt. 7 percussionnistes noirs ont pris place au milieu du pont des Arts, qui les accompagneront le temps de la traversée. Le roulement atteint simultanément les deux rives, et c’est, avec la passerelle et les quais, le fleuve tout entier qui résonne et se met debout.
lundi 13 mai 2013
Marcher vers l’essentiel
« Entre 806 et 808, on ne peut pas l’oublier…. »
Et c’est Paul qui dit ça ! Pourtant Paul n’est pas un homme de chiffres. Mais cette fois-ci, il s’est laissé embarqué par une aguicheuse en cuir et aux dimensions généreuses. Et ça marche. Il en reviendra ? Mais en attendant elle m’agace avec ses allures de nombre premier ! D’originale sortie du lot ! Tu parles d’un nom ! Alors c’est la nouvelle mode ? Sortir son originalité d’une succession de chiffres, voilà une drôle de façon de faire émerger sa singularité. A moins qu’elle ne lui fasse le coup du : « nous ne sommes que parties d’un tout, mon chéri, il faut savoir se confondre avec le grand Un ». Quand il est revenu de la première visite, Paul m’a parlé voyage, respect de la nature, beauté… Pour qui elle se prend ? Pour la grande baroudeuse ? La sainte de l’environnement ? La pro de l’élégance ? Elle lui fait croire qu’elle est « un espace » qui peut parcourir le monde… une garce, comme les autres, malgré ses propos philosophico-spiritualistes.
Dire que Paul, bac + 12, la sensibilité alliée à l’intelligence, un physique généreux d’ancien athlète des piscines, se laisse conduire comme un petit garçon ! On aura pourtant parcouru ensemble vingt ans de vie commune.
Moi aussi, je peux faire des choses très bien ! Aller loin penser haut frémir fort ! Et avec deux pieds, pas plus ! Et pas de silicone pas de membre ni d’organe sous le joug de l’électronique, JE suis un corps, un cœur, de la chair ! On ne m’étalonne pas en soupapes et pistons, moi. Je suis plus qu’une visite à un contrôle technique. Et si j’explose, c’est d’émotion.
Qu’il se la garde sa masse de tôle gonflée aux hydrocarbures.
Moi, je vais me conduire à pied sur les chemins de saint Jacques de Compostelle. L’espace, la nature, le rêve. Le marathon de la sérénité. Et peut-être même en plus l’éclaircissement : un divorce !
Et s’il vient me chercher en Espagne avec sa voiture de rêve parce qu’il a peur de ses résultats de cholestérol et de sa consommation d’essence, je leur éclate le capot à tous les deux.
vendredi 10 mai 2013
Jouer, un divertissement ?
Jouer est la première activité non vitale de l'existence. Jouer est un plaisir enfantin, sans limite ni double sens. L'enfant s'invente 807 vies, 807 personnages. Il apprend en s'amusant.
Et puis l'enfant grandit et le jeu se pervertit. Jouer à la guerre pour tenir l'autre en joue. Jouer à l'amour pour tenir un autre sous son joug. Se jouer des autres pour dominer. Jouer n'est plus une activité de plaisir, le but du jeu, du je, mais le moyen de parvenir à quelque chose, rien ou n'importe quoi, le moyen de devenir quelqu'un, personne ou n'importe qui. Jouer au casino pour gagner facilement de l'argent ; jouer à pile ou face pour ne plus décider ; jouer, même faux, la mélodie du bonheur ça assourdit l'ennui et couvre le malheur.
L'adulte ne construit plus son « je » par le jeu, mais se perd dans un personnage abusant de gadgets, jouets supposés jouissifs mais suintant le conformisme. L'adulte se déconstruit en jouant à être comme les autres.
mardi 30 avril 2013
Je suis le confesseur du roi Philippe
Regardez-moi.
Je suis Frère
Hortensio Félix Paravicino confesseur du roi Philippe d’Espagne. J’ai à peine 30 ans et je suis beau.
Je porte moustache et
fin collier
mes grands yeux noirs sont
surmontés d’épais sourcils
mes lèvres fermes sont
bien rouges et si je ne souris pas avec
plus d’éclat
si je ne réponds pas plus chaleureusement à la
confiance
que le roi m’a
toujours témoignée
c’est à cause de la
réserve à laquelle m’oblige ma très
haute fonction.
Vous remarquerez que
mon visage
s’inscrit harmonieusement
dans la corolle blanche de ma capuche.
Vous n’avez pas oublié
quelle importance j’accorde à cette pièce
de mon vêtement :
plus par coquetterie
que parce que j’aurais
conçu le noir dessein de m’y
cacher.
Chez moi tout est
clair. Mes traits sont fins et droits
mon nez bien marqué
que prolonge l’arc épais de mes sourcils.
Et si mon oreille est
un peu grande elle sait apprécier les chants d’église
et garde bien au chaud tous les secrets de la
confession.
Observez à présent mes
mains.
Des mains de femme
dont la droite s’extrait du chiffonnement pâle
de la manche comme un
col de cygne : je suis si délicat. De l’autre
je tiens mes deux
livres le petit sur le grand
mon majeur glissé
dedans. Est-ce pour marquer la page
ou parce que j’aurais
été surpris dans ma lecture par mon portraitiste ?
Croyez plutôt à une
élégance naturelle et considérez à présent
ce double pli croisé
que dessine la chute de l’étoffe entre
le bas de mon ventre
et le haut de mes cuisses. Regardez comme la
pointe du grand livre
vient solliciter ce dont on aimerait me croire dépourvu.
Je ne suis pas privé de
sexe.
Je refuse simplement
de me laisser détourner de ma mission.
Je suis le confesseur
du roi Philippe et chaque jour
j’observe les grands de ce monde.
Je sais tout le parti
que les hommes peuvent tirer
de leur ventre. On consolide des royaumes
avec ça on en crée de
nouveaux au-delà des mers.
Cependant croyez-moi. Mieux
vaut que leurs 10 millilitres
d’éjaculat quotidien
aillent se loger dans
les plis de leurs chausses
plutôt qu’entre les
cuisses de nos reines
où se pressent déjà 807
petits bâtards.
samedi 27 avril 2013
Afrique Adieu !
Sur
la terre fuligineuse, nous aperçûmes la carcasse famélique d’un
rhinocéros d’Afrique qui regardait le corps squelettique d’un enfant ;
avec le cœur sec et une boule au ventre, nous nous mîmes à table : la famine sévissait, depuis 807 jours.
Dans la corne d’Afrique.
jeudi 25 avril 2013
si tu me regardes dans le rétroviseur,
Elle
entre dans le taxi… plus le temps d’attendre le bus… de toute façon le bus, il
ne passera plus… dans ce trou paumé, le passage des bus… ou alors il ne faut
pas être en retard, mais qu’est-ce qu’elle y peut, elle, de ce retard, c’est ce
train aussi… la neige, les intempéries, des voyous sur la voie… qui sait, elle
ne sait pas, elle ne sait plus ce qui l’a retardée ce jour-là, c’était en décembre,
il y a des années, il y a quatre années, quatre années et demie, c’était en décembre
et elle ne sait plus ce qui a ralenti le train ce jour-là… la neige, les
intempéries, un problème technique… mais attendre le bus, le 807 (418 à l’époque :
tout change, même le numéro des bus), l’attendre plus longtemps… elle a appelé
un taxi, deux minutes plus tard elle est entrée dans le taxi, dans le taxi au
volant il y avait un homme, comme souvent, ce sont souvent les hommes, ça ce
sont des métiers d’hommes, il y a des femmes parfois dans les taxis, des femmes
dans les bus, des femmes dans les trains… aux commandes si vous voulez… mais là
aux commandes, c’était un homme, comme souvent, c’était un homme dans le
rétroviseur, et elle, essoufflée, échevelée, elle voit l’homme dans le
rétroviseur, elle rouge encore d’avoir couru pour attraper le bus… mais peine
perdue, dans cette contrée, les bus… alors rouge d’avoir trop couru, rouge de
ce retard qui lui fait honte… premier rendez-vous, rendez-vous de travail, on
n’arrive pas en retard à un premier rendez-vous de travail, même loin de chez
soi, on est à l’heure, important le travail, précieux, garder sa place, gagner
en crédibilité, et là, avec ce train immobilisé en pleine voie parce que des
incapables… alors rouge de fureur et de honte, elle monte dans le taxi, elle
donne l’adresse, elle dit « Vite, je suis en retard » aux lunettes
noires dans le rétroviseur… et de là, de là où elle est, sur la banquette
arrière, elle voit une épaule droite, un quart de visage, la joue piquée d’une
barbe naissante, et cette nuque mate… et dans le rétroviseur, elle devine, dans
le rétroviseur, sous les lunettes noires, elle devine le regard noir et les
cils noirs, elle revient à la nuque, l’épaule, la joue piquée de barbe, la
barbe des hommes, la sienne de barbe, je la connais, pense-t-elle, je le
connais, lui, je le connais celui-là, pense-t-elle, c’est lui, c’est impossible
que ce soit lui, de dos, dans ce taxi, des années plus tard, vingt ans après
dans ce taxi, dans ce trou paumé où j’ai grandi, où je reviens pour le travail…
se peut-il que la bouche qui parle dans ce taxi soit de lui, la bouche qui dit Madame
à la furie, qui dit Madame à la rougeaude échevelée, à celle qui crie « Roulez ! »,
elle la folle… lui si gentil, qui loin de l’accabler pour son manque
d’amabilité – « Mais calmez-vous, je
n’y suis pour rien, moi, si votre train… » – loin de cela lui dit « Rassurez-vous,
Madame », et qu’ils seront bientôt arrivés, vingt ans plus tard il dit
Madame, à elle qui vingt ans plus tôt, collégienne en chaussettes ou presque,
vingt ans plus tôt le regardait comme une adolescente, lui, ce garçon, qui la
regardait en retour, dans la cour, les couloirs du lycée, entre deux classes,
sans jamais s’approcher, sans jamais s’approcher, c’est ça le pire, les regards
échangés d’un bout à l’autre du lycée sans jamais s’approcher, et là dans le
taxi, si près il ne la voit pas, elle, dans son dos, qui ne voit que lui, il ne
sait pas qu’elle est là, si près dans l’habitacle, et elle le lui dit après quelques
kilomètres, avant la fin du voyage, elle le lui dit, qu’elle est là, elle lui
dit c’est moi, tu enfin vous ne me reconnaissez pas, tu ne me reconnais
peut-être pas, il faut dire que le temps… que le passage du temps…
mais c’est
moi, si tu me regardes dans le rétroviseur, que tu quittes la route un instant,
tu verras que c’est moi, si je dis mon nom peut-être que tu comprendras, et
elle dit son nom alors il regarde un peu mieux, il dit mais oui, il dit bien
sûr, n’en revient pas de qui il voit, il dit qu’il n’a pas l’habitude de regarder
les femmes dans son taxi… pourtant, les lunettes noires… il dit que de la voir,
que de la regarder, que de la savoir là dans son dos depuis le début de la
course, il dit que c’est fou, il dit qu’il est content, de la revoir, de la
voir là, il dit mais oui, il dit bien sûr, bien sûr que je me souviens, tu
rigoles, il sourit, il dit qu’il est content, qu’on est bientôt arrivé, il
s’arrête au bord du trottoir, il ne veut pas la faire payer, surtout pas, il
tourne la tête pour la première fois, elle voudrait voir les yeux sous les
lunettes, elle dit qu’elle doit y aller, ils restent un temps comme ça, un
temps très court, elle dit j’y vais, il dit j’ai ton numéro, tu as appelé pour
me trouver, trouver un taxi je veux dire, ton numéro est là, enregistré, et il
montre son téléphone de service, elle dit d’accord, elle dit merci encore, elle
descend précipitamment, c’est qu’on l’attend, là, dans le grand hall, elle
franchit la porte, elle n’est pas en retard au rendez-vous, elle n’entend pas
la voiture démarrer, elle ne se retourne pas, trop de peur, trop pressée,
premier rendez-vous de travail, c’est important, elle n’est pas en retard, il a
son numéro, elle n’est pas en retard, elle répond au bonjour cordial de
l’assemblée dans le hall, elle serre quelques mains, bonjour, elle n’est pas en
retard, il a son numéro, elle sent vibrer une chose contre son cœur, dans sa
poche un premier message apparaît sur l’écran miniature.
lundi 22 avril 2013
Love story.
Il lève les yeux. L'ovale de son visage flotte au dessus. Sa peau est aussi pale que dans son souvenir, ses lèvres aussi charnues. Il reconnaît ses yeux brillants, la texture de ses paupières, le rose de ses pommettes. Il se sent aspiré par cette vision. Comme si ce visage était le seul lieu ou il se retrouve, tout masque tombé. Comme si ce visage est son seul repère sur terre. Son unique maison. Quelque chose de doux et tiède coule dans ses veines. C'est plus rassurant et plus révélateur de la regarder que de se voir dans la glace.
L'identité du garçon dépend d'un clignement des cils de la fille. En elle, il se reconnaît intimement. Il sait pourquoi il vit. Pour elle. Il se rapproche un peu des pupilles violettes qui le fixent. Elle ne détourne pas le regard. On entend dire des fois que les yeux sont le miroir de l'âme mais a-t-on déjà dit qu'à travers eux pouvaient s'unir deux âmes nues, libérées du social, des habitudes grises et des conventions ? Elle le comprend parfaitement en une seconde, il en est certain. La contempler c'est se lier sans souffrance au delà du temps qui passe. Il en transpire. Elle se rapproche de 807 millimètres et ses lèvres s'animent. Les mots qu'elle lance dans l'espace se mixent à une texture sonore apaisante. La tendresse de sa voix fait vibrer ses oreilles. Il l'écouterait débiter ses banalités à l'infini. Son timbre légèrement rauque se mélange à un grain de voix capiteux. Caractéristique. Captivant.
Il sourit.
Elle demande :
- Qu'est ce que j'ai dit ?
- Je ne sais pas, j'écoutais plus le son de ta voix que le sens, tu peux répéter ?
- Ca prouve que je t'intéresse, elle lâche en faisant la grimace.
- Mais si, mais bien au contraire.
samedi 20 avril 2013
manifeste pour la prochaine saison
Quid d'un projet de streetart écrivant 807 dans la ville ?
Tag, affiche, mosaïque, avec QR code. Aussi performance, flashmob, va savoir.
Le nombre inscrit dans le corps de la ville, le dénombrement limite exprimé politiquement, le sens donné enfin à des pierres trop lisses. 807 j'écris ton nom.
mercredi 17 avril 2013
retour de colloque
807 mots inconnus pour décrire l'indescriptible et dévoiler l'indévoilable ! L'inconnaissable ! Autant de phrases qui opacifient la clarté et voilent le sens poétique ! Autant d'instants manqués qui échappent à la compréhension sensible ! Autant en emporte le vent des phrases mortes et qui achèvent le rêve !
Autant d'émotions privées de révélations ! Autant de paroles qui avortent le silence ! Autant de réflexions reflétant le néant de la pensée quand l'écriture cherche l'épaisseur du secret qu'elle explore ! Autant d'aventure intérieure cristallisée ainsi froidement : cryogénisée ! Autant d'apparences trompées !
Autant d'essais d'autopsier le cadavre encore frais de l'écrivain charmeur et rêveur ! Autant de brutalité face à la douceur révélée du littérateur féroce ! Autant de mesquinerie intellectuelle pour répondre à l'immensité de la prose de l'écrivain-chercheur ! Autant de bonnes fois pourtant !
mardi 16 avril 2013
Ploc ploc
J’étais tranquillement couché dans mon lit, et je
crois bien que je dormais, quand la
première goutte est tombée sur le bout de mon nez.
Instinctivement j’ai levé les
yeux au ciel. La fuite ne pouvait provenir que de là-haut. Selon toute
probabilité une tuile avait été déplacée (par le vent, ou par la grêle, ou par
un pigeon, ou par un chat, ou par un curieux, ou par un voleur, comme elle pouvait avoir été
brisée (par le vent, ou par la grêle, ou par un pigeon, ou par un chat, ou par
un curieux, ou par un voleur. Qu’est-ce
qu’il valait mieux, me demandai-je, être
surpris par un curieux ou volé par un
voleur ?)
J’en étais là lorsque, lassé de
recueillir sur le nez la soixantaine de gouttes qui avaient suivi, je décidai
d’appeler les pompiers. Appeler les pompiers pour un problème de fuite d’eau ne
m’a jamais paru très sérieux. J’hésitai encore. Puis je composai le 806. Après
une attente de près de 300 secondes (ponctuées d’autant de ploc ploc inopportuns),
un pauvre bougre posté à l’autre bout du monde et affligé d’un accent à couler
une bielle me le rendant tout à fait incompréhensible, m’orienta vers le numéro suivant, c'est-à-dire
le 807. Devinez alors ce qui se passa. L’eau s’arrêta de goutter, et pour cause (même
si j’ai mis un certain temps à en comprendre la cause), le 807 ne correspondait
à aucun service, le 807 se perdait dans le vide, comme l’eau dans le désert, dont j’eus la
faiblesse de penser que celle qui s’était permis de suivre la pente de mon
nez avait choisi de s’inspirer, car mes malheurs cessèrent à la seconde même,
me faisant croire au miracle. Ou alors c’est qu’il s’était arrêté de pleuvoir.
Mais d’après la météo il ne fallait pas trop y compter.
jeudi 11 avril 2013
Fischer et FIS.
mardi 9 avril 2013
Lèvres - Relève - Élève.
Il y a des
phrases, certaines phrases, prononcées si bas, si proches, qu'il est
possible, sur l'air même qui les transporte, de les lire avant de les
entendre, un peu comme on lirait sur les lèvres ; et plus proche encore :
le silence à lire.
À propos d'un ministre, à côté de moi au bar, on
conclut : "Plus c'est gros, plus ça passe." — "Eh non, tu vois, pas
toujours." — "Les mecs, faut qu'ils montent le niveau, là". (Je
n'entendrais pas le niveau de quoi il faut élever : celui du mensonge ou
de la vérité ?)
Cornaline, qui a largement passé les 807 jours et a
trois ans cette semaine, l'a dit en rentrant de chez la nounou : "j'ai
fait un site internet en travail d'école".
vendredi 5 avril 2013
Camps de travail.
Ce qu’il y a de rassurant avec
les chiffres c’est qu’ils arrivent toujours l’un derrière l’autre, et toujours
dans le bon ordre. Comme pour les fourmis. Ou pour les moutons quand on s’amuse
à les compter avant de s’endormir. Personnellement je préfère les fourmis.
Moins faciles à dénombrer mais tellement plus intéressantes à observer.
Ce ne sont pas les membres de la colonie
domiciliée au fond de mon jardin qui me donneront tort. Résoudre les problèmes
de surpopulation, et par voie de conséquence ceux de l’organisation du travail,
telle est la double tâche (exaltante) à
laquelle j’ai décidé de me consacrer à
partir de ce matin. Un système de pailles enduites de confiture à la fraise et
coupées en deux dans le sens de la longueur me permettra de convoyer les ouvrières afin de
les répartir par paquets de 1000 dans
chacun de mes 10 camps de travail.
Et ça marche. Ça marche même du
tonnerre. 700 … 800 … 805, 806, 807. J’en suis à la huit cent septième quand je me mélange bêtement les pinceaux. 806 ou
807 ? 807 ou 808 ? De rage, j’administre un violent coup de pied dans
la fourmilière. C’est la débandade. Que n’ai-je eu l’idée d’inscrire sur
l’abdomen de chacune le chiffre correspondant à son numéro d’entrée ! On
n’en serait pas là.
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